Le FIGARO -  VENDREDI 14 Janvier 2000
IRAN - L'ayatollah Khalkhali a envoyé des millers de personnes à la potence.
Il vient de se rallier aux refomateurs
(English translation follows after French text.)
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"Si mes victimes devaient revenir sur terre,
je les exécuterais encore une fois".

Le boucher de la révolution iranienne reçoit dans sa maison, au coeur de la ville sainte de Qom, entre la fin de le sieste et la prière du soir.
En 1979, le seul nom de l’ayatollah Khalkhali suffisait à
répandre la terreur. Sa signature rimait avec peloton d’exécution,  potence où lapidation immédiate. Des milliers d’hommes et de femmes ont ainsi été exécutés au terme de procès qui ne duraient parfois que quelques minutes, où sans procès.

L’Iran qui cherche aujourd’hui à sortir des ténèbres de la revolution, de la guerre et de l’autocratie cléricale,  préférerait sans doute oublier l’ayatollah Khalkhali. Le personnage embarrasse tout le monde, les conservateurs qui l’applaudissaient jadis et les réformateurs auxquels il vient de se rallier. Mais il était le seul à ne pas s’en rendre compte.

A 73 ans, atteint par la maladie de Parkinson, le petit homme à barbiche et grosses lunettes  mène une vie paisible de prière et d’enseignement coranique, toujours escorté par deux soldats en ames. Il ne regrette rien: "Si mes victimes devaient revenir sur terre, dit-il souvent, je les exécuterais encore une fois, toutes, sans exception ".
Propos recueillis à Qom par Serge Michel...

LE FIGARO. Que faites-vous depuis dix ans que vous avez quitté la justice révolutionnaire?

Mohammad Sadegh KHALKHALI.
J’étais malade du coeur. Maintenant, je vais mieux et je reviens en politique.

De quel côté?
Avec l’Association des religieux combattants (gauche réformatrice).

Qu’est-ce qui vous plaît chez le président Khatami?
Je n’aime pas les réformateurs qui veulent semer le trouble. Mais je suis complètement d’accord avec le président.
J’aime beaucoup son idée du dialogue entre civilisations. Et aussi le développement de la société civile.

Pourquoi ce retournement après avoir executé tellement de gens?
Je n’ai pas changé d'avis. Je n’ai jamais été extrémiste. J’ai appliqué les lois islamiques.Tous ceux que j’ai condamnés à mort l’ont été selon le Coran (les mains et les pieds de l’ayatollah tremblent de manière inhabituelle).

Combien avez-vous signé de condamnations à mort?
Je ne sais plus. Sûrement moins d’un millier.

Un journaliste qui vous a rencontré à l’époque raconte que l’interview dans votre bureau était interrompue par des téléphones durant lesquels vous donniez l’ordre de tuer. Vous en souvenez-vous?
Ce sont des rumeurs.
Tout le monde a eu droit à un procès équitable. Il fallait exécuter les personnes qui avaient des moeurs corrompues.
Certains se sont enfuis du pays et je n’ai pas pu les punir. C’est dommage. Mais le fait qu’ils ne soient jamais revenus en Iran montre qu’ils avaient quelque chose à se reprocher.
Vous êtes étranges, les Européens. Les Allemands ont tué beaucoup de jeunes gens à Paris mais personne ne dit rien. Alors que quand l’Iran punit les dépravés et les profiteurs de la dictature du shah, vous venez dire Khalkhali ceci, Khalkhali cela.

Les crimes nazis ont été punis. Et la justice internationale poursuit de plus en plus les responsables des massacres, en Bosnie, au Kosovo.
Vous voulez dire que je pourrais être convoqué au Tribunal pénal international de La Haye? (l’ayatollah semble pris d’un doute soudain et puis sourit  à nouveau).
Non, ce n’est pas possible. Si j’avais rnal agi, l’imam Khomeyni me l’aurait dit. Je n’ai fait que ce qu’il m'a demandé.

 

LE FIGARO

Butcher of the Iranian Revolution

The butcher of the Iranian Revolution grants an audience at his house, in the heart of the holy city of Qom, between the end of a siesta and the start of evening prayers. In 1979, only the name of Ayatollah Khalkhali was enough to generate terror. His signature equated with firing squads, public whippings or death by stoning. Thousands of men and women were executed after a process that hardly lasted a few minutes, or without proper trial. Today, as Iran seeks to surface from years of revolution, war and clerical tyranny, it prefers to forget Ayatollah Khalkhali. This figure embraces everyone, the conservatives who applauded him and the liberals whom he has just rallied to. But he is the only one not aware of this happening. At 73, struck by Parkinson disease, this little man with a beard and big glasses leads a happy and peaceful life teaching the Koran, always escorted by two armed soldiers. He regrets nothing: "If my victims were to come back on earth," he says often, "I would execute them again, all of them, without exception."

 LE FIGARO – What have you been doing in the last ten years since leaving the Revolutionary Court?

Sadegh KHALKHALI - I was ill with a heart condition. I feel better now and have returned to politics.

 

LE FIGARO - Which faction?

KHALKHALI With the (left-wing reformist) Holy Warriors Organisation.

 

LE FIGARO – What do you like about President Khatami?

KHALKHALII don’t like the reformers who want to forment trouble. But, I totally agree with the president.

 

LE FIGARO – Why this about-turn after having executed so many people?

KHALKHALII have not changed my views. I was never an extremist. I carried out the laws of Islam. All those whom I condemned to death was according to the Koran (the hands and feet of the ayatollah trembles in the usual manner).

 

LE FIGARO – How many people have you condemned to death?

KHALKHALII don’t know. Surely less than a 1,000.

 

LE FIGARO – A journalist who met you at the time recalls that during an interview in your office he was constantly interrupted by telephone calls during which you gave killing orders. Do you remember?

 

KHALKHALIThese are rumours. Everyone was allowed a fair process. It was necessary to execute those persons who were corrupt and immoral. Some of them escaped the country and I was not able to punish them. That’s a pity. But the fact that they never returned to Iran proves that they considered themselves guilty. You are strange, Europeans. The Germans murdered many young people in Paris but nobody says anything. But when Iran punishes the depraved and the profiteers of the Shah’s dictatorship, you come here and say Khalkhali this, Khalkhali that.

 

LE FIGARO – The crimes of the Nazis were punished. And international justice continues to pursue more and more those responsible for massacres, in Bosnia, at Kosovo.

 

KHALKHALIAre you saying that I may be summoned to an International Justice Tribunal at The Hague? (the ayatollah seems to be caught by a sudden doubt and then smiles again). No, it is not possible! If I had acted wrongly, Imam Khomeini would have told me. I only did what he asked me to do.

 

An interview with Ayatollah Sadegh Khalkhali in Qom by Serge Michel

Source: LE FIGARO – 14TH January 2000/ Translated from French into English by CK - UK

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